Culture pour tous?
Faut-il croire en une fatalité culturelle ?
« Envole-moi
Loin de cette fatalité qui colle à ma peau
Envole-moi
Remplis ma tête d'autres horizons, d'autres mots
Envole-moi »
Cet extrait de la chanson de Jean Jacques Goldman m’interpelle : Véritable manifeste contre le déterminisme social. Je vis cette chanson comme un plébiscite pour la culture pour tous : L’origine sociale ne devrait pas être un facteur limitant d’accès à la Culture…
Néanmoins, la France pourtant réputée pour son innovation artistique et sa fertilité d’intellectuels reste loin de ses promesses de « libertés et d’égalités ». Le constat est flagrant, encore de nos jours, l’origine socio professionnelle de nos parents va aiguiller notre position sociale Pierre Bourdieu, grand sociologue français a étudié la question :
« La reproduction de l'ordre social passe, pour Bourdieu, à la fois par la reproduction des hiérarchies sociales et par une légitimation de cette reproduction. Bourdieu pense que le système d'enseignement joue un rôle important dans cette reproduction, au sein des sociétés contemporaines. Bourdieu élabore ainsi une théorie du système d'enseignement qui vise à montrer : 1) qu'il renouvelle l'ordre social, en conduisant les enfants des membres de la classe dominante à obtenir les meilleurs diplômes scolaires leur permettant, ainsi, d'occuper à leur tour des positions sociales dominantes 2) qu'il légitime ce classement scolaire des individus, en masquant son origine sociale et en faisant de lui, au contraire, le résultat des qualités innées des individus (« idéologie du don »
...
Ce processus de légitimation est, pour Bourdieu, entretenu par deux croyances fondamentales. D'une part, l'école est considérée comme neutre et ses savoirs comme pleinement indépendants. L'école n'est donc pas perçue comme inculquant un arbitraire culturel proche de celui de la bourgeoisie- ce qui rend ses classements légitimes. D'autre part, l'échec ou la réussite scolaire sont, le plus souvent, considérés comme des "dons" renvoyant à la nature des individus. L'échec scolaire, processus fondamentalement social, sera donc compris par celui qui le subit comme un échec personnel, renvoyant à ses insuiffisances (comme son manque d'intelligence, par exemple). Cette "idéologie du don" joue pour Bourdieu, un rôle déterminant dans l'acceptation par les individus de leur destin scolaire et du destin social qui en découle." 
A la vue du tableau ci-contre, il semble évident que la Culture pour tous semble une utopie. Faut-il donc s’en contenter ou bien s’engager pour lutter contre cette apparente « fatalité » ?
Je pense que l’exclusion culturelle n’a pas pour seule limite le facteur économique,
Avant même de penser à la gratuité des musées et expositions, avant même de critiquer le prix exorbitant d’un livre, avant même de songer à décentraliser les centres culturels dans les zones péri urbaines et rurales, il faudrait susciter l’envie : L’envie d’apprendre, de découvrir, de partager des savoirs, c'est-à-dire aller à l’encontre d’une autodétermination culturelle liée à nos origines sociales : là où on n’aurait plus besoin d’être né dans le XVIè pour jouer du violoncelle et avoir grandi à Sarcelles pour écouter du rap ?
Un élan culturel venant d’entreprise individuelle ou associative sera mieux accueilli que des initiatives d’Etat qui seront perçus comme des gestes électoralistes (avouons-le qui sont quand même bienvenus !). Pourtant, on ne peut que se féliciter de la signature de la charte en faveur du développement du mécénat culturel entre le ministre de la Culture et de la Communication et l’assemblée des chambres françaises de commerce et d’industrie, le 14 mars 2005.
Si l’accès à la Culture est encore laborieux, ne doutons pas nos dons créatifs et artistiques, et ce quelques soit la couche sociale à la quelle on appartient. Toutes démarches en faveur de la création artistique et intellectuelle pourront se faire les portes parole d’une volonté d’essor culturel. Ces initiatives ont besoin de relais pour atteindre toute la population.
L’accès à la Culture nécessite une COMMUNICATION claire, non élitiste et largement diffusable : c'est-à-dire un réseau par lequel transiterait les savoirs et les arts sans stagner dans un lieu, une couche sociale ou une époque.