Sens :dessus dessous

Publié le par charlimagine

 

Percevoir ou Concevoir la réalité

 

Peut-on se fier à nos sens ?

 
 

            De façon innée ou induite, nos sens sont les capteurs qui nous servent à évaluer l’environnement dans lequel on vit et à nous situer par rapport à lui.

Constamment nos sens nous rapportent des indices sur le milieu où on évolue. L’interprétation des ces informations une fois traitées va engendrer des actions adaptatives d’ordre mécanique, chimique, biologique. Nos réactions ordonnées par le cerveau pourraient passer pour de vulgaires automatismes et faire de notre corps une machine dépourvue d’intentions  si on n’y associait pas une interprétation subjective dotée d’un fort quotient émotionnel.

 
Ce qu’en dit l’épistémologie :

Bertrand Vergely, philosophe moderne, nous met en garde :

« On entend souvent dire que les sens nous trompent. Et si l’erreur résidait non pas dans le sens mais dans le fait de croire qu’ils nous trompent

[…] 

Ce que l’on sent ne nous trompe pas. Seul ce que nous croyons sentir, du fait d’une erreur de jugement, nous trompe »

Les grandes interrogations de la connaissance, Les essentiels de Milan, 2000

 

Le réel est donc une altérité : Autre chose que soi, il ne peut être saisissable intégralement : On ne peut s’en faire qu’une idée guidée par nos sens et la raison. Le réel existe indépendamment de chacun de nous.

Les sens nous réfléchissent une réalité aveugle : Celle qui est perçue.

Le jugement et la raison nous conduisent vers une réalité relative : Celle qui est conçue.

 
Ce que nous rapportent les sciences :

Ce sujet m’a amené à me replonger dans mes cours de neurobiologie :


 L’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher, la vue, que l’on nomme « sens » dans le langage commun, répondent à des variations physico chimiques du milieu détectés par des récepteurs sensoriels…
On classe les systèmes sensoriels en trois catégories :

-          Extérocepteurs (reçoivent les infos du milieu extérieur) : recepteur auditif, photorécepteur…

-          Intérocepteurs (reçoivent du milieu intérieurà : Pression partielle d’O2, pH…

-         Propriocepteurs : permettent de situer l’organisme par rapport à son environnement…

Cette classification est ambiguë puisque certains récepteurs se trouvent dans 2 catégories (comme les récepteurs auditifs à la fois extérocepteur et propriocepteur : Ils permettent d’entendre un son mais aussi de me localiser par rapport à la source sonore).

 On peut aussi classer les récepteurs en fonction du stimuli qui les actives (mécanorécepteurs, photorécepteurs, thermocepteur, chémocepteur…)

 Pour prendre conscience de la relativité de la perception que l’on a du monde, il est intéressant de savoir que des poissons détectent des champs électriques pour se diriger, que les oiseaux migrateurs, eux, détectent le champ magnétique , des insectes perçoivent des ondes que nous ne voyons pas et ils détectent la polarisation de la lumière : Ce sont autant de sensations dont on a pas idée de ce qu’il en est « sensationnellement » .



 Toutes les études sur les sens témoignent du fonctionnement et de l’utilité de nos sens pour se faire une idée de notre environnement…
 

P Karl H. Pribram , neurologue d'origine austro tchèque travaillant aux Etats-Unis, a jeté un pavé dans la mare de nos convictions scientifiques en proposant une hypothèse, non reconnue par les neurosciences traditionnelles, selon laquelle la pensée fonctionnerait comme un hologramme. L'hypothèse a été avancée pour répondre à la question de savoir pourquoi, même en cas de destruction plus ou moins importante d'aires cérébrales corticales, certains sujets peuvent continuer à fonctionner intellectuellement sans troubles graves.






Enregistrement de l'hologramme




Lecture de l'hologramme

Les théories de Pribram portent un regard neuf sur le monde: nos cerveaux construiraient une réalité "concrète" irréelle et la réalité objective n'existerait pas.

 

Pour plus d’infos, lire :

 

Qu’il s’agisse d’une réalité que l’on ne pourrait jamais complètement connaître, selon l’épistémologie ou que le réel ne soit tout simplement qu’une représentation construite et non tangible si l’on s’en tient à la théorie de Pribram, nous vivrions dans un monde dont la « teneur concrète » nous échappe…

 
Pourtant,
 

-          Sentir le parfum chaud et sucré de la cuisson d’un gâteau augurant une soirée conviviale entre amis…

-          Goûter aux mûres que l'on cueille en clandestine dans les haies d’un voisin: entre l’excitation du délit et le mignon pêché de  gourmandise ...

-          Toucher du bout des doigts, du bout des lèvres jusqu’à une étreinte bras enlacés victime d’un amour infaillible

-          Voir, admirer un ciel d'orage ne  révélant  qu'en ces précieux instants une palette de couleurs denses, vives et contrastées...

-          Entendre le froissement des feuilles jaunies par l’automne sous les sabots d’un cheval...


Bien des messages déterminants pour notre épanouissement individuel et social nous arrivent grâce à ces informations sensorielles

 

N’est-ce dont pas l’interprétation que l’on a de nos sens qui donnent sens à la vie ? Ne contribuent-ils pas à l’effervescence de nos émotions, qui bien que subjectives, guident nos choix pour nous inscrire dans une réalité que l’on a certes bâti mais qui tient à être étayée avec celles des autres.

 
 
 

Publié dans radio miroir

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C
"La réalité n'est qu'une sensation collective" (Jane Wagner).<br /> La réalité, subjective, est toujours celle de quelqu'un : elle n'est qu'un point de vue. Elle dépend toujours de la perception que l'on a du côté de la boite : l'observer en 2 ou en 3 dimensions ne reflète pas du tout la même chose!<br />  
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