Dans le jardin des rumeurs

Publié le par charlimagine

Une maison pleure


Dans le jardin des rumeurs, une maison pleure

Les volets à mi-clos, elle sent sa fin venir

Les gouttières crachent leur mousse, les murs suintent de sueur

De leur trou, les toilettes broient du noir et soupirent.

La chaudière hoquette, crachant des larmes de  chaleur

D'un bâillement de porte, s'échappent ses souvenirs

 Des rires, des voix, des pas, des odeurs, des couleurs

Se décollent, se déchirent, glissent des pierres qui transpirent.

 

La vie quitte ses couloirs, même le père fouettard

Ne gronde plus du fond d'la cage d'escalier

Pour qu'enfin mangent les enfants boudeurs ou bavards

Les fourmis ne défilent plus dans le sucrier

Plus d'chiens dans le jardin, plus de chats sur l'armoire

Seul un couple d'araignées survit dans le sellier.

Des fantômes se sont installés dans les placards

Mais se désolent de l'absence d'hôtes à terrifier.

 

La cuisine s'éteint, les casseroles ont déserté

La batterie de culs de poule ne répond plus

Aux brots d'inox frémissant d'eau chaude ou de lait

Le four épuisé, la hotte enrhumée s'est tue

Les dessins sur les vitres se sont tous effacés

Les chamex et les torchons n'ont pas survécu

Aux verres, couverts, assiettes, plats et saladiers

Baignant autrefois dans les bacs de plonge en crue.

 

La salle n'accueille plus les repas interminables

Où le berger Cadio  contait ses aventures

A deux gamines pressées de quitter la table

Pour vite se rouler dans l'herbe ou cueillir des mûres

Le dimanche s'organisait la valse des cartables

Pleins de crayons de couleur, feutre, colle et peintures

Que de dessins d'anniversaire inoubliable

Cachés sous l'assiette, près du pot de confiture.

 

Dans le jardin des rumeurs, une maison meurt

Les volets sont clos, elle voudrait tant partir

Pelleteuse détruit les fondations de cette demeure

Les oiseaux  voleront dans la pierre du souvenir

Ces rires, ces voix, ces pas, ces couleurs, ces odeurs

Qui résonnent, vibrent, chantent et crient font que je respire.

Au fond de mon cœur, trône la maison du bonheur

Boite bercée de l'enfance, ouverte sur l'avenir.

Publié dans Charlidées

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L
Nous sommes profondément ému par cette poésie qui résume<br /> l'histoire d'une vie : celle de ton enfance avec ta soeur dans cette maison<br /> pleine de joyeuse résonances et, pour nous, tes parents  un partage<br /> extraordinaire dans l'esprit des grandes familles ... L'histoire de cette maison s'inscrit à tout jamais dans le grand livre des<br /> actions  humaines guidés par l'Amour de l'Autre et la Confiance dans la Vie ... Les murs en sont certainement encore imprégnés ...Gros Bisous de Maman et Papa
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