Nouvelle - partie 1

Publié le par charlimagine

 
 
Ces boîtes pleines de souvenirs
 
 
Préambule
 

            Phil court toujours, à la bourre, à contre courant, le souffle court, il collecte les contre temps. Prenez garde à vous quand Phil file à ses rendez-vous, il renverse les filles comme des quilles, il s'affole dans la foule, gesticule et bouscule acculé dans ses pensées au rythme de ses pas pressés. Il cavale, il dévale, il s'emballe pour arriver le teint pâle à sa destination finale. Pour justifier ses retards répétés, au hasard du contexte il prétexte des déboires de réveil qui sommeille et son auto accroc aux narcos, ses voisins fidèles comme des chiens galeux qui vous tiennent la jambe ou vous réprimandent pour vos poubelles trop pleines. Phil se défile dès qu'il doit suivre le fil de sa vie…Fini métro, boulot, dodo, aujourd'hui, bistrot, goulot, rototo. Ah si seulement j'avais pu prévoir ces contre temps se lamente Phil…Ah si seulement je pouvais savoir ce qui m'attend…

 
 
 
 
 
Partie 1
 
 
 

            Absorbé dans ses pensées ou imbibé d'alcool, Phil n'avait pas vu qu'une femme s'était glissée dans son appartement, elle se tenait face à lui, tenant contre elle une boite ronde qu'un joli nœud doré venait sceller. Phil sursauta en découvrant cette présence féminine, il eut beau se frotter les yeux, la femme resta là, un sourire figé sur son visage angélique. Il feint d'ignorer cette apparition en s'emmitouflant dans le plaid élimé du sofa. Recroquevillé, le nez dans les coussins, il finit par sombrer dans un sommeil tourmenté…En se tournant pour la énième fois, Phil s'écroula au sol. Cherchant à tâtons à se redresser, l'halogène du salon s'alluma baignant la pièce d'une douce lueur. Phil se crispa, dos collé au siège du sofa, il tenait ses genoux, l'air hagard…Quelqu'un est entré…Un cambrioleur…Non non impossible…il n'allumerait pas de lumière …La femme de ménage…trop tôt…Une ex? Laquelle? 

 

    Tandis que Phil peinait à reconstituer la liste de ses aventures d'un soir ou à peine plus, des pas discrets s'approchèrent. Phil ne bougeait plus, les lèvres serrées, se mordant l'intérieur des joues pour se retenir d'appeler à l'aide, il ne pouvait contrôler les tremblements de ses mains qu'il serrait pourtant fermement l'une contre l'autre. Une silhouette longiligne apparut de derrière le canapé, une femme…Une belle femme. La femme que Phil avait cru voir la veille. Là, il ne s'agissait pas d'une hallucination, ses dents s'étaient resserrées fermement sur les muqueuses de ses joues lui arrachant une grimace de douleur. Il aurait voulu lui demander qui elle était, ce qu'elle faisait là, mais il resta là, assis au sol, à la dévisager. Elle affichait toujours ce sourire parfait illuminant ses traits fins. Aucun signe de gêne ou d'angoisse n'émanait d'elle, comme si la situation lui semblait tout à fait naturelle. Phil n'éprouvait pas la même sérénité. La situation l'embarrassait, inquiétude, surprise et curiosité défilaient dans sa tête. La femme vint s'asseoir sur la table basse du salon faisant face à Phil. Il put découvrir son visage délicat, bien qu'elle n'eût aucunes rides, il fut incapable d'estimer l'âge qu'elle pouvait avoir. Ses cheveux étaient attachés en un chignon soigné, seules deux mèches auburn encadraient son visage. Phil eut la désagréable sensation d'avoir déjà vécu cette scène. La femme posa la boite ronde au nœud doré à coté d'elle, avant de dire: 

 

- Enfin, réveillé? Je t'ai apporté une nouvelle boîte…Ne manges pas tout ce soir. Il ne faudrait pas en abuser. C'est déjà la quatrième que je t'apporte. 

 

    Phil se leva alors, prit la boîte avec précaution dans un soupir de soulagement. Il tira sur le ruban doré qui coulissa pour libérer les boucles du nœud. Il souleva le couvercle et d'un regard gourmand, il se délecta de l'arc en ciel coloré que formaient les macarons, déposés en spirale à l'intérieur de la boite, sur un papier blanc, satiné. 

 
    Phil eût à peine le temps de remercier la femme que déjà elle avait disparu. « Je dois bien la connaître…C’est obligé. Alors qui est donc cette femme qui savait que j’attendais impatiemment ces macarons aux couleurs de l'arc en ciel, rangés en spirale, dans une boite ronde scellée par un nœud doré? » S’interrogea longuement Phil s’efforçant de mettre un nom sur ce visage tout en regardant, béat la boîte ouverte. Il finit par tendre main à l’intérieur, l’index passant indécis d’un macaron à l’autre, il finit par choisir le bleu ciel.      

 

Publié dans Charlidées

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